André-Marie GBENOU: Décès de mon Père Spirituel Adodo Benjamin GAGLOZOUN

 

Tcho

 

 

Père GAGLOZOUN Adodo Benjamin
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Repose En Paix
 
 
 
{ ll enlevait toujours son chapeau avant de me saluer. Dans le temps, lui il avait déjà 78ans, moi à peine 17ans. Quand je lui demandais pourquoi il enlevait le chapeau et s' abaissait avant de me saluer, il me répondait " Si Dieu nous a créés à son image, c'est dire que toi André, tu es Dieu en déplacement et on doit traiter notre prochain comme Lui là-haut. Et puisque je ne saurais saluer Jésus, le chapeau sur la tête, je me dois de l'enlever, parce que tu es Jésus"}. C'est de la sagesse.
 
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.......Dimanche 02 Octobre 2016: 11h49.......
 
J'étais dans mon lit, passant en revue mes messages non lus. Je reçevais un message vocal de ma soeur-ainée jumelle Caroline.
 
" Listo, j'ai une nouvelle désagréable à t'annoncer. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris..."
 
Combien de fois vais-je interdire aux gens de m'annoncer ainsi les nouvelles de décès? Ça écoeure et ça me pétrifie. Pourquoi ne pas dire directement que "X est décédé.-"?
Pendant que je me disais tout cela, j'entendis " ton grand-père". Grand-père? Celui que j'ai vu dimanché passé seulement? Non, ce n'est pas lui. C'est plutôt mon père spirituel. Seigneur...
 
1- Qui est le Révérend Père GAGLOZOUN Adodo Benjamin ( G.A.B )?
 
Originaire de Konouhoué(Athiémé), dans le Département du Mono, G.A.B est ordonné prêtre de Jésus en Septembre 1973 la même année que le Père Xavier TOHOUEGNON, ancien Directeur Adjoint des Collèges Catholiques du Bénin et longtemps Directeur du Collège Catholique de Comé.
Octogénaire, il a longtemps servi à l'hôpital Saint Camille de Dogbo et sur les paroisses de Lobogo, Sè, Agoué en tant que curé. Les anciens de ces paroisses et bien d'autres jeunes éveillés doivent l'avoir connu.
Le père GAGLOZOUN, on le connait pour sa rigueur qui est plutôt poussée. Il aimait moins, du moins n'aimait pas les personnes frivoles et les gros flemmards. Depuis plusieurs années, il s' est établi chez lui à Sè, disant les messes -en aide - notamment sur la Paroisse Saint Bernard de Sè.
Il est le frère ainé du Professeur Alphonse GAGLOZOUN, enseignant à l'ENAM, autrefois Professeur d'Education Sportive à l'INJEPS.
 
2- Qu'est-il pour moi, ?
 
Plus qu'un père spirituel, il est "mon grand- père".
Tous les jours de Nouvel An, il venait chez
nous à la maison pour la bénédiction pour l'ouverture de la Nouvelle année.
Il ne ratait jamais. C'était un brave homme.
Grâce à lui, ma mère pouvait accepter mes caprices et c'est à lui qu'on doit l'expression " André-Marie, le réjouisseur de la maison". J'étais turbulent et je m'extasiais beaucoup même pour peu. Je m'agitais et me moquais bien des gens, ce que n'aimaient pas mes parents. Ma maman était allée se plaindre auprès de mon père spirituel qui, disait à cette dernière " c'est le réjouisseur de la maison", laisse-le s'amuser et se réjouir. Ma maman a reçu cela comme une règle et devra dorénavant me laisser me regaler dans mes railleries et autres airs moqueurs.
En 2009, quatre ans après que je me fus inscrit en tant qu'aspirant à la vie vocationnelle de prêtre, je lui demandai d'être mon père spirituel. Il n'hésita pas à me dire son OUI. Son acceptation était donnée aussitôt, c'est à croire qu'il attendait cette demande de ma part.
J'allais chez lui au moins une fois par semaine pour l'aider dans diverses tâches, surtout celles ayant trait à la liturgie. Ne voyant que faiblement, je devrais lire les textes liturgiques du lendemain ou d'autres jours à venir afin qu'ils prépare ses homélies. Ce qui est bien surprenant, c'est que malgré sa faiblesse oculaire, il pouvait reconnaitre la clé de la porte du salon du presbytère dans un lot de quinze clés. Aussi, pouvait-il marcher tout seul et voyager tout seul. Tenez-vous tranquile, il voit à peine, pourtant il faisait presque tout sans trop de peine mais si un peu de peine venait l'embrouiller par moment. Bref, il s' en sortait bien.
Il me donnait de bons conseils et l'accompagnement spirituel qu'il m'apportait me fortifiait, me requinquait. J'aimais me rendre chez lui. J'aimais l'aider, pour moi, c'était un devoir du fils au père.
Mon père spirituel était quelque peu gêné de me faire appel presque toutes les fois qu'il voulait écrire un message à diverses destinations, mais moi, j'y trouvais du plaisir et c'était de surcroit un grand honneur pour moi que mon écriture soit lue par d'éminentes personnalités ecclésiastiques comme Messeigneurs Barthélémy ADOKONOU depuis le Saint Siège, Jean-Yves Riocreux depuis Basse-Terre (France), Antoine GANYE depuis Cotonou ou encore Victor AGBANOU dont il dépend. Pour un jeune de 17ans, c'était bien grand déjà, beau aussi.
Comment pourrais-je oublier cette tablette de chocolat noir venue de Barcelone (Espagne) qu'il m'a donnée en signe de reconnaissance pour les bons et nombreux services que le petit André-Marie que je suis lui rendait, du moins que je lui ai rendus, lesquels je ne pouvais plus -logiquement parlant- lui rendre, parce que bachelier, je devrais quitter le diocèse de Lokossa, que dis-je le Mono pour Cotonou dans le cadre de mes études. Savais-je que c'était l'avant-dernière fois que je le voyais? Non.
En 2014, quand j'ai eu un temps de repos, en vacances d'un mois au Mono, je lui rendis visite et il me disait que je tombais à pic: sa reconciation à la charge de l'Eglise telle que le prévoit le code du droit canonique venait d'être acceptée, après plusieurs années d'attente. Il me disait cette nouvelle parce qu'il y a deux ou trois ans, c'était moi qui lui écrivait la demande. Ce jour-là, c'était la dernière fois que je le vis. Comment pourrais-je savoir que c'était la dernière fois?
Il tomba malade pendant un temps, je n'ai plus eu de nouvelles. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles", enfin c'est ce que je pensais.
Il y a un mois, l'idée de l'appeler, de prendre de ses nouvelles, m'inoculait et se répétait. Mais je n'avais plus son contact. Je ne savais pas que c'était l'appel d'au-revoir que le Seigneur voulait que j'émette en direction de mon père spirituel.
 
Souvenirs de prêtre rigoureux, pointilleux, industrieux, pieux travailleur, aimable, compréhensif, et surtout humble.
 
La vie de prêtre, un sacerdoce, un don de soi, un grand sacrifice.
Sa mission sur terre, il l'a remplie.
 
"Ke yi be to mahou sin dho tamin an e wor deka kou christo evioa le ekou min, nin-nin an keye ba wor deka koudoe le ye be fonfon so ekou min an yeoun"
Puisqu'il a été baptisé dans le Christ, accorde lui de ressuciter avec toi d'entre les morts.
 
"Bon et Fidèle Serviteur entre dans la Joie de ton Maitre"
 
Repose en paix dans ton JƏNGBONPE
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